Qu’il s’agisse de ne pas avoir réussi à avoir la promotion tant attendue, d’un licenciement ou d’une faillite… comment faire face aux échecs professionnels ?

Comment faire face aux émotions fortes et parfois inhabituelles qui nous secouent et nous font perdre tous nos repères ? Comment dépasser un deuil professionnel ? Comment surmonter cette rupture, rebondir et aller de l’avant ?…

Disons-nous le clairement et une bonne fois pour toutes : nous cherchons tous de la reconnaissance, en particulier dans notre milieu professionnel.

Tout se passe comme si notre supérieur hiérarchique – ou de manière plus générale notre entreprise – avait pouvoir de vie ou de mort sur notre valeur personnelle.

Tant que l’on se sent apprécié, valorisé, reconnu pour notre expertise, tout va bien. Nous gérons plus ou moins bien les petites frustrations, les déceptions et autres angoisses puisque nous sommes intimement persuadés que notre entreprise a beaucoup de chance de nous avoir comme collaborateur.

Seulement voilà, vient le jour où la promotion nous passe sous le nez, parfois de manière répétée, ou – pire encore – nous nous voyons remercié de manière souvent brutale et singulière.

Dans un cas comme dans l’autre, il va falloir encaisser, avaler… bref passer par ces étapes difficiles qui nous permettent de transformer un choc en expérience.

Ces étapes de transition, animées de vives émotions sont comparable à celles décrites dans les ouvrages d’Elisabeth Kübler-Ross consacrés au deuil.

Echecs professionnels – LimeUP

Le mot de deuil peut sembler trop fort et mal venu dans un contexte professionnel. Pourtant, si vous avez vécu un licenciement ou si vous vivez avec quelqu’un qui subit un échec professionnel, nul doute que vous vous reconnaitrez dans la description des étapes du processus de deuil :

1. Le déni

Vous venez d’apprendre la mauvaise nouvelle. Après X années passées dans ce qui était votre entreprise, vous êtes remercié.

C’est un choc ! Vous ne vous y attendiez pas, vous ne pensiez pas que ça vous arriverait à vous. Vous ne pouvez pas y croire, c’est juste impensable :

  • « Ce n’est pas possible, ils n’ont pas pu me faire ça. »
  • « Il doit y avoir une erreur. »
  • « Ca ne peut pas m’arriver à moi, pas maintenant, hier encore nous parlions de mes objectifs. »

À quoi sert la phase de déni ? Le déni permet de mettre à distance une émotion que nous ne sommes pas en mesure de gérer : c’est un mécanisme inconscient de protection.

Le déni permet d’accuser le choc. C’est un moment qui peut prendre du temps. Il n’est pas impossible que, si le choc a été violent, la personne se demande d’un jour à l’autre si « c’est vraiment arrivé… ».

2. La colère

Après la phase de choc qui entraine comme une paralysie mental, notre corps tout entier nous demande de sortir de cet inconfort.

L’émotion qui entre en jeu est la colère. La colère est une émotion qui nous permet de nous reconnecter à notre force intérieure, elle est porteuse d’un message clair : « la situation que tu es en train de vivre ne te convient pas du tout, pose une action pour sortir de là ! ».

Dans un premier temps, il nous faut un coupable : notre supérieur, les ressources humaines, la Société en général :

  • « Ce n’est pas juste, ils n’avaient pas le droit. »
  • « Je ne vais pas me laisser faire, c’est inacceptable ! »

Si vous – ou un de vos proches – vivez ce moment, permettez-vous de lâcher la colère. Acceptez cette émotion car elle est là pour vous protéger et vous permettre d’accéder à la suite du processus. Chercher un coupable, rejeter la faute sur l’autre, est une manière d’exprimer l’injustice dont nous avons fait l’objet.

3. Le marchandage

Une fois la colère exprimée, l’accès aux autres émotions est rendu possible. Nous regardons alors ce qui s’est passé avec un peu plus de calme.

Mais nous n’avons pas encore accepté la réalité des faits. Alors commence le marchandage :

  • « Et si j’avais dit… »
  • « Si je n’avais pas… »
  • « J’aurais peut-être dû… »
  • « Je n’aurais jamais dû… »

Si vous n’avez pas prononcé ces phrases, je suis à peu près sure qu’elles ont traversé votre esprit.

Nous réécrivons tous l’histoire d’une manière ou d’une autre : cela nous permet de mieux accepter les phases qui suivent. Refaire l’histoire, imaginer ce qui aurait pu être, nous permet d’appréhender l’irréversibilité de l’événement que nous avons vécu.

À ce stade, il est important de comprendre que les étapes ne sont pas linéaires. Nous ne passons pas d’une phase à l’autre comme on monte les étages dans un ascenseur.

Certaines étapes peuvent durer quelques minutes, quelques heures ou plusieurs jours. Elles vont et viennent comme des vagues. Laissez-vous le temps de vivre vos émotions car elles seules peuvent vous permettre d’avancer.

4. La déprime

Vous avez exprimé votre colère, marchandé autant que vous pouviez pour imaginer ce qui aurait pu se passe si

Il est temps pour vous de tourner la page sur ce qui a été. C’est le moment du down. En français, c’est la déprime, le manque de motivation. Au sein de l’entreprise, c’est le « À quoi bon… » (« À quoi bon me défoncer si c’est pour ne pas être reconnu ?… »).

La motivation descend en flèche. Si vous êtes en dehors de l’entreprise, c’est la phase « pyjama » : la tristesse vous cloue au lit, vous n’avez plus envie de rien. Ni de socialiser, ni même de rebondir.

Cette phase peut faire peur, surtout à l’entourage. C’est le spectre de la dépression qui se montre.

Mais sachez que la tristesse est une émotion qui permet de vous purger. Les larmes qui coulent permettent un excellent nettoyage.

Donc pas de panique : rappelez-voius que vous faites le deuil de « ce qui a été » pour aller vers un renouveau. Prenez cette émotion comme l’hiver qui précède le printemps. C’est un temps d’arrêt pour une meilleure acceptation.

Si cette phase de déprime vous semble longue et difficile à dépasser, n’hésitez pas, comme à n’importe quelle autre moment, à vous faire aider : un coach peut être d’une grande aide pour accepter vos émotions et poser les actions qui vous permettront de progresser, à votre rythme.

L’idée ce n’est pas d’aller vite et d’oublier mais bien de mettre ce temps à votre profit.

5. L’acceptation

Comme le printemps qui fait suite à l’hiver, votre renouveau se matérialisera dans l’acceptation de ce qui s’est passé.

Il ne s’agit plus d’en vouloir à qui que ce soit mais de reconnaitre que ce qui est arrivé est bien arrivé.

Il n’y a plus de retour possible : vous n’avez pas eu votre promotion ou le poste tant convoité. Vous avez été viré. C’est comme ça, c’est tout. Il est temps de penser à l’après.

6. Le pardon

Quel chemin vous avez parcouru depuis le moment où la mauvaise nouvelle est tombé !

Vous vous êtes donné le temps de réfléchir et vous vous êtes rendu compte que vous n’étiez peut-être pas prêt pour la promotion ou le nouveau poste. Vous avez appris sur vous et vous vous sentez bien mieux aujourd’hui.

Il est temps de pardonner à ceux qui semblaient être vos ennemis (la RH, votre boss…). Il est également temps de vous pardonner vos erreurs éventuelles. Les reconnaitre vous permettra d’aller de l’avant.

Si vous avez été viré, peut-être que le pardon prendra plus de temps.

Dans un cas comme dans l’autre, garder du ressentiment pour autrui ou vous flageller ne vous mènera à rien.

Pardonner à autrui comme à soi est la seule façon d’accepter l’imperfection de ce monde et de regarder devant. Car votre vie se passe aujourd’hui pour préparer demain. Ce qui s’est passé hier ne peut être changé. À vous maintenant de décider de quoi demain sera fait.

7. Le(s) cadeau(x) caché(s)

« L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années, mais celui qui a le plus senti la vie. » – Jean-Jacques Rousseau

Vous est-il déjà arrivé de passer par des phases difficiles dans votre vie et, quelques temps après, de vous rendre compte que si ce moment difficile n’avait pas eu lieu vous n’auriez pas eu ceci ou cela, vous n’auriez pas vécu la suite des événements ? Il s’agit des cadeaux cachés des phases de deuil.

Afin d’illustrer ce propos, je vous propose d’écouter un brin de mon histoire.

En 2008, j’étais un manager reconnu dans mon entreprise. J’étais sollicitée pour mon expertise et voyageais à travers le monde.

Un soir, en descendant d’un avion, j’ai appris le décès brutal de ma mère : le choc ! Il m’a fallu beaucoup de temps pour surmonter ce deuil.

Je me suis désinvestie de mon travail et j’ai commencé à réfléchir à ma vie. J’allais avoir 40 ans, je roulais dans une voiture allemande, j’étais connectée sans cesse à mon Blackberry… Mais à part ça ?

9 mois après le décès de ma mère, je me suis fait licenciée, aussi brutalement. Une nouvelle période de deuil.

Il m’a fallu ces 2 événements – l’un tragique, l’autre juste brutal – pour comprendre que je voulais donner du sens à ma vie. En l’espace de 3 mois, j’ai changé de vie, je suis devenue coach.

Aujourd’hui, j’ai un compagnon que j’aime, un petit chien adorable, je rencontre des gens formidables et j’ai plaisir à aller travailler.

Alors même si j’aimerais que ma mère soit là pour me voir heureuse, je suis consciente de tout ce que ce chemin si difficile a pu m’apporter. J’ai beaucoup plus gagné que perdu dans cette histoire.

Oui, oui, vous avez bien lu : j’ai gagné une vie dans laquelle je suis moi. Aucun salaire mirobolant n’aurait pu m’acheter cela !

Alors prenez le temps du deuil, il est précieux d’enseignement. Le processus nous apprend qu’il faut du temps pour bâtir du solide. Permettez-vous le chemin, même s’il peut paraitre long car c’est lui qui vous apportera une vie nouvelle, plus brillante car plus consciente.

Sources & Références

Kübler-Ross, E. (2009). Sur le chagrin et le deuil. Paris : JC Lattès.